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LE QUESNOY - mercredi 20 avril 2011 - Voix du Nord

Eleonora Marino installe ses nappes comme une invitation au partage

L’artiste Eleonora Marino réalise une installation plastique dans le centre ville du Quesnoy jusqu’au 26 avril. Quatre nappes de 2 mètres environ sont exposées dans quatre vitrines du centre ville, où sont inscrites des paroles de Quercitains qu’a collectées l’artiste.

Par Estelle Baillieux
Lequesnoylavoixdunord.fr
Photo « La voix »

Elle a un doux accent italien, et associe aisément le geste à la parole. Eleonora Marino vient de concrétiser une expérience unique. « Cooking en Avesnois », mené  en partenariat avec l’association Les Sens du Goût. Durant plusieurs mois, l’artiste est allée aux Restos du Cœur, à la résidence Vauban, à la cantine agricole, sur le marché, à la rencontre des gens, avec cet objectif de collecter leurs paroles sur l’alimentation, à travers trois questions : «  Quelle est la place de la cuisine dans votre histoire ? Si je vous dis pain, à quoi pensez-vous ? Quelle est la relation entre la santé et la nourriture ? » « La première question a déclenché le plus de réactions. Les gens ont raconté leur propre vie. Cela montre combien la nourriture fait partie de notre histoire », raconte Eleonora Marino qui nourrissait ce projet d’installation plastique depuis un an et demi. « Sans cuisine, il n’y a pas de repas », « J’aime faire la cuisine mais je suis seule », ou encore « Le pain est la première création, l’origine de l’humanité, la première invention culinaire », sont quelques unes des phrases que l’on peut lire sur les nappes. « L’alimentation fait partie de l’histoire personnelle, de l’identité, du langage. Quand vous êtes à l’étranger, vous mangez la cuisine étrangère avant de parler le langage. C’est un acte de consommation, économique et environnemental. Il y a un discours militant derrière », explique Eleonora Marino. Sur les 180 personnes rencontrées au cours de cinq ateliers, il a fallu à l’artiste faire le difficile choix  des paroles à garder. « Les nappes font partie de la culture, ce sont des morceaux de vie, elles portent notre histoire », poursuit-elle. « Au départ, je voulais inscrire des discours. Mais cela n’a pas été possible. Cela a été très difficile de choisir les phrases car ce sont des fragments de vie », commente l’artiste qui n’a pas inscrit volontairement le lieu de résidence des personnes sondées, « pour donner une valeur universelle aux phrases. Certaines phrases reviennent dans chaque culture, dans chaque pays3, mais en y notant leur âge car « cela place la personne dans son époque ». Cette étape quercitaine répond à un projet plus vaste mené depuis 2005 par la Compagnie Emthéâtre, qui a sillonné la France et même les pays européens, avec cette même démarche artistique, « Travailler autour de la nourriture comme métaphore de la condition humaine, de la cuisine comme identité ». Ce projet artistique a même remporté la Biennale de la Jeune création en 2008. Quant à cette étape quercitaine, elle a été « douloureuse, dans  le sens positif, confie-t-elle, surtout lors des premières rencontres, où l’on a réuni des publics différents. C’est complètement différent de ce que j’ai connu en France. Comme en Italie, j’ai trouvé ici une chaleur humaine frappante ». L’installation plastique quittera ensuite Le Quesnoy pour la capitale.